Syndicat des
enseignantes et enseignants
du Cégep de Rimouski
Centrale des syndicats du QuébecFérération des enseignates et enseignats de CEGEP

La révolution du désir

Patricia Posadas, féministe

Le samedi 20 janvier 2018, à Los Angeles, se déroulait la seconde Women’s March, la première ayant eu lieu un an auparavant, au lendemain de l’élection de Trump, dont les propos misogynes avaient été jugés, et à raison, totalement incompatibles avec la fonction à laquelle il aspirait.

Lors de cette deuxième marche, l’actrice Natalie Portman a pris la parole et a livré un discours puissant et bouleversant. À l’âge de 12 ans, elle a joué en compagnie de Jean Reno dans son premier film, Léon le professionnel, réalisé par Luc Besson et propulsé au sommet du hit-parade très rapidement en raison, entre autres, de l’incroyable présence de la toute jeune actrice. Celle-ci se remémore la fierté qu’elle a éprouvée puis est arrivé ceci:

«Toute excitée, j’ai ouvert ma première lettre de fan avec enthousiasme et c’était un homme qui m’écrivait qu’il rêvait de me violer. Un compte à rebours a été lancé par une radio locale pour compter les jours jusqu’à mes 18 ans, date à laquelle il serait légal de coucher avec moi. J’ai alors compris que même à 13 ans, si je voulais m’exprimer sexuellement, je ne me sentirais pas en sécurité et que les hommes auraient la liberté de parler de mon corps et de le considérer comme un objet.»

Puis est venu le récit de tous les subterfuges utilisés au fil du temps pour se garder hors de portée de cette prédation sexuelle:

«Je me suis forgée une réputation de femme prude, intello, sérieuse, afin que mon corps soit protégé et que l'on écoute ce que j'avais à dire.»

Plus tard, dans son témoignage, à celles et ceux qui croient que le mouvement #metoo est un mouvement mené par des femmes austères et prudes qui veulent bannir l’amour, elle répond ceci (que je restitue dans mes mots en essayant de ne pas trahir le propos de Natalie Portman):

Le système actuel est puritaniste. Ici, il s’agit de révolution du désir. Les femmes demandent de désirer qui bon leur semble et comme bon leur semble et non d’être soumises à des désirs abuseurs. C’est de la liberté du désir dont il est question.

Cette dernière réflexion m’a profondément bouleversée. Il s’agit effectivement d’une révolution. Il s’agit de changer ce rapport homme-femme insidieux dans lequel le désir de l’homme est plus important que celui de la femme. Hier, j’entendais la chanson «Du rhum, des hommes...» de Soldat Louis et un couplet est venu me rappeler cette violence toujours présente dans l’image du désir masculin véhiculée dans et par notre société:

Ça fait une paye qu'on n'a pas touché terre

Et même une paye qu'on s'fait des gonzesses en poster

Tant pis pour celle qui s'pointera la première

J'lui démonte la passerelle, la cale, la dunette arrière

Ce couplet ne me fait pas rire et moi qui ai enseigné à des apprentis marins pendant 13 ans, j’ai entendu ceci de la bouche d’un tout jeune homme: «Si une fille porte un short ou une mini-jupe sur un bateau qu’elle s’en prenne à elle s’il lui arrive quelque chose.» Je lui avais alors demandé si le désir des hommes était si exigeant que ces derniers étaient incapables de se contrôler à la manière des animaux et s’il ne se sentait pas insulté par cette vision de lui-même?

Pour écouter le discours de Natalie Portman, suivez ce lien: http://www.parismatch.com/People/Le-recit-poignant-de-Natalie-Portman-a-la-Marche-des-Femmes-1444457