Perfectionnement et baisse du fonds collectif : la révision de la politique en lien avec les voyages d’accompagnement comme piste de solution

Marie-Ève Bourret, enseignante au Département de techniques d’éducation spécialisée, Tristan Clermont enseignant du département de technologie forestière tous deux membres du comité de perfectionnement
Simon Rousseau-Lesage, responsable des affaires pédagogiques et du perfectionnement

 

Comme vous le savez probablement, on ne nait pas prof, on le devient. Notre monde change aussi, parfois plus rapidement qu’on le souhaite. On peut aussi être curieux, vouloir se développer ou tout simplement échanger des idées avec une communauté de pratique. Heureusement, elle est là pour ça! Mais qui ça? Peut-être la connaissez-vous déjà très bien, peut-être pas. J’ai nommé : la Politique de perfectionnement des enseignantes et des enseignants au secteur régulier du Cégep de Rimouski, (à laquelle je référerai dorénavant par « la Politique »). Pour la consulter, rendez-vous dans la communauté SQEP sur Omnivox, section Perfectionnement.

Les conventions collectives prévoient le versement par le MES de sommes dédiées au perfectionnement du personnel enseignant. La nôtre (article 7-1.01) prévoit 240$/an/ETC, en plus de 75$/an/ETC comme nous sommes éloignés des grands centres. Bref, une enveloppe de 84 560$ est disponible en début d’année (tableau ci-dessous). 

À ce jour, nous disposons aussi de 80 837$ au fonds collectif, pour un total de 165 397$ en date de septembre 2025. Sans vouloir entrer dans les détails, une partie de ce total est automatiquement réservée au fonds collectif, puis une autre au fonds départemental. Votre coordination départementale aura reçu un montant en début d’année sous forme de tableau du SQEP (tableau ci-dessous). Ceci est donc connu de tous. Pas de cachoteries, juré. 

 

Aujourd’hui, si vous êtes en train de lire ce texte, c’est parce que nous (le comité de perfectionnement) voulons entamer la discussion et la réflexion quant au fonds collectif. En effet, malgré le surplus actuel, il n’est pas illimité. Tel que prévu à la Politique, pour y avoir droit, votre département doit aussi transmettre une Grille de planification des besoins de perfectionnement, avant le 1er décembre, stipulant que vous avez atteint le montant disponible au fonds départemental pour répondre aux besoins actuels. Cela dit, les sommes inutilisées par votre département sont automatiquement redistribuées au fonds collectif en fin d’année. 

Le problème que nous souhaitons porter à votre attention avec cet article c’est que notre fonds collectif…fond (wow, un fonds qui fond) depuis quelque temps. « Blague » à part, au rythme actuel, il pourrait y avoir une chute des sommes distribuées au fonds départemental dans les prochaines années si on ne fait pas attention (référez-vous au tableau ci-dessus pour comprendre la mécanique financière).  La fonte du fonds est le résultat de divers éléments tel que le coût des formations, mais également le remboursement des déplacements, de l’hébergement et des repas. En plus de l’aspect financier, ces éléments ont aussi des impacts environnementaux qu’il ne faudrait pas négliger.

 

Le graphique ci-dessous est particulièrement révélateur de la tendance actuelle des sommes disponibles aux fonds. À l’horizon 2029-2030, on aura droit à un petit choc lorsque les sommes totales (des deux fonds) ne dépasseront plus 100 000$. En guise de comparaison, les sommes au fonds départemental disponibles en 2023-2024 étaient de 169 000$ desquelles 92 750$ ont été dépensés. 

En résumé (si ça vous donne mal à la tête tout ça), on a dépensé plus que les sommes reçues du MES (80 000$) durant les 5 dernières années, et pour les trois dernières années, nos surplus annuels ont baissé d’environ 20 000$ par année. Donc, on gruge chaque année notre « coussin » constitué, et il devrait disparaitre un peu après 2031-2032.

 


Certes, les sommes du MES demeureront disponibles pour le perfectionnement, peu importe si le « coussin » dont nous disposons en ce moment finit par disparaître. Qui plus est, maintenir une grosse réserve permanente au fonds collectif n’est pas l’objectif que nous devrions poursuivre : si argent il y a pour le perfectionnement, nous devrions l’utiliser. Il n’en demeure pas moins que cette dynamique de « baisse » du fonds collectif pourrait soulever des enjeux d’équité en lien avec l’accès au perfectionnement dans les années à venir. Si nous décidons de ne pas agir du tout maintenant, nous aurons sans doute des choix plus déchirants à faire dans un avenir pas si lointain pour prioriser les demandes de perfectionnement entre elles; on pourrait alors s’attendre à davantage de refus des demandes au comité de perfectionnement. 

Les voyages d’accompagnement : une dépense que nous pourrions mieux gérer dès maintenant

Pour essayer de mitiger cette tendance à la baisse du budget de perfectionnement (écouler nos sommes disponibles, oui, mais de façon plus modérée, disons) le comité de perfectionnement jugeait pertinent de se pencher tout d’abord sur le financement des voyages d’accompagnement. Loin de nous l’idée de viser arbitrairement ces beaux projets qui peuvent contribuer au perfectionnement de nos collègues tout en créant de superbes expériences pour nos élèves. C’est bien plutôt puisqu’il s’agit de dépenses que nous pouvons effectivement contrôler (contrairement à la hausse des frais de déplacement ou de logement, par exemple qui contribuent aussi à la baisse du fonds collectif, mais sur lesquels nous n’avons pas vraiment de prise) et parce que certains motifs précis nous invitent à revoir le financement des voyages que nous souhaitons le soumettre à la réflexion de nos membres.  

Tout d’abord, les voyages d’accompagnement n’ont pas toujours été admissibles au budget de perfectionnement. Ce n’est que depuis 2023 qu’ils le sont officiellement et la décision de les inclure dans la politique de perfectionnement à ce moment-là était motivée par le fait que des sommes importantes (on parle de plusieurs dizaines de milliers de dollars) avaient été injectées de façon un peu surprenante et inattendue dans le fonds collectif environ deux années auparavant. « Mais qu’allons-nous faire de tout cet argent? », nous disions-nous! Comme des collègues réussissaient déjà à faire accepter certains voyages dans le budget de perfectionnement, l’idée de reconnaître officiellement l’aspect formateur de voyages qui se qualifient et de diffuser cette information rendait le financement de ces activités plus juste et égal. Cela apparaissait comme une façon appropriée de rendre disponibles de nouvelles sommes dont nous disposions.  

Toutefois, la politique prévoit actuellement qu’un montant total de 12 000 $ peut être attribué annuellement aux voyages d’accompagnement. Ce montant a été fixé seulement comme une estimation de ce qui pourrait être adéquat de réserver pour les voyages. Après quatre ans de mise en œuvre de ce financement, il serait pertinent de tenter d’ajuster le tir. Pour l’année 2023-2024, par exemple, nous avons utilisé l’ensemble des 12 000$ réservés par la politique pour les voyages d’accompagnement. Pour l’année 2024-2025, c’est 10 000$ que nous avons utilisés et c’est environ 4400$ que nous avons utilisé pour 2025-2026. Malgré cette baisse de 2025 à 2026, on peut néanmoins envisager qu’une dépense récurrente de près de 10 000$ contribuera certainement au problème de baisse des sommes du fonds dans les prochaines années. Nous pensons ainsi qu’il serait plus judicieux d’ajuster le montant disponible pour les voyages d’accompagnement en fonction des sommes disponibles au fonds collectif d’une année à l’autre.

La deuxième raison qui nous pousse à revoir le financement des voyages d’accompagnement plus spécifiquement est le flou actuel en ce qui concerne l’aspect formateur des voyages. La politique précise bien que : 

« Pour être admissible à une aide financière provenant du fonds de perfectionnement, ce voyage doit comporter un aspect formateur sur le plan professionnel, que l’enseignante ou l’enseignant doit justifier lorsqu’il dépose sa demande. » 

Néanmoins, force est de constater que « l’aspect formateur » est parfois compris de façon très large dans la présentation des demandes de financement. Suis-je vraiment en train de me former comme personne enseignante lorsque je fais du tourisme à l’étranger avec les élèves, même lorsque ces activités sont liées au programme dans lequel j’enseigne? Un colloque à l’étranger auquel j’assisterais dans le cadre d’un voyage serait potentiellement pertinent; une formation dans le domaine d’étude à laquelle assisteront les élèves, mais à laquelle j’assisterai aussi le serait sans doute autant. Mais le simple fait d’accompagner les élèves à l’étranger n’est pas vraiment une activité de perfectionnement telle que définie actuellement dans notre politique, soit une « activité d’apprentissage autonome ou dirigée visant à combler un besoin de formation favorisant le développement des compétences nécessaires à l’accomplissement des tâches de l’enseignante ou de l’enseignant. » Ce n’est pas moi que je forme lorsque j’accompagne des élèves; je contribue plutôt à leur formation à eux et elles. Il serait injuste et inéquitable que nos futurs et futures collègues ne puissent plus répondre aussi facilement à de réels besoins de formations et de perfectionnement parce que nous aurions été trop frivoles et laxistes dans notre application de la politique aujourd’hui. 

Enfin, la dernière raison qui nous pousse à suggérer des modifications au financement des voyages d’accompagnement est plutôt d’ordre éthique et environnemental. Sans remettre en question la valeur pédagogique et sur le plan humain que des voyages internationaux peuvent avoir pour les jeunes, il est important aussi de prendre conscience collectivement de l’impact environnemental de nos transports et d’essayer de changer nos comportements en conséquence. Nous avons d’ailleurs fait de l’écologisation de l’enseignement l’une de nos priorités en assemblée générale cette année et il nous apparaît plus cohérent avec cette priorité d’inclure des mesures pour nous inciter à considérer des alternatives locales et plus écoresponsables pour le perfectionnement. Est-il possible d’aller chercher l’élément formateur visé par la demande de perfectionnement dans notre région? Ailleurs au Québec? Oui? Alors peut-être que la demande perfectionnement pour un voyage d’accompagnement ne devrait alors être financée qu’à la hauteur de cet équivalent local. 

Différentes options de révision de la politique de perfectionnement 

Si ce que nous avons présenté ci-haut vous apparaît comme effectivement problématique, différents scénarios s’offrent à nous pour tenter de corriger cette situation. Une première option serait de couper complètement le financement des voyages d’accompagnement. On pourrait ainsi supposer que la baisse des sommes disponibles au budget de perfectionnement serait de 10 000$ par année, plutôt que 20 000$, comme c’est le cas pour les trois dernières années. Cette option est peut-être un peu trop radicale, néanmoins, étant donné que malgré la baisse des sommes disponibles au budget de perfectionnement, nous disposons toujours de sommes importantes que nous voulons utiliser aujourd’hui pour des projets qui en valent la peine. Financer certains voyages, lorsqu’ils sont pertinents, et dans le respect de nos capacités financières, est sans doute quelque chose que la plupart de nos membres souhaiteraient préserver (et c’était d’ailleurs l’esprit de notre décision en 2023). 

Une autre option, réfléchie en collaboration avec Antoine Clermont, enseignant en mathématique, et (donc?) mathématiquement plus complexe, consisterait à « lier » le financement des voyages d’accompagnement au montant alloué par ETC après la distribution des autres montants au budget de perfectionnement (voir tableau plus haut). Notre cher Antoine a fait quelques analyses sur les données des budgets de perfectionnement des 15 dernières années. La moyenne de ce montant alloué par ETC est de 476$ et l’écart-type pour ces données est de 187$. On pourrait alors développer un modèle selon lequel 6000$ seraient alloués aux voyages d’accompagnement lorsque le montant par ETC est pile sur la moyenne; 12 000$ seraient alloués lorsque nous sommes un écart-type au-dessus (663$); aucun montant ne serait alloué lorsque nous sommes un écart-type en dessous (289$), puis les sommes seraient allouées au prorata lorsque le montant/ETC est entre ces écarts-types. En bref, plus on envoie d’argent dans les départements, plus on se considère « riche » et plus on peut financer les voyages; moins on envoie d’argent dans les départements, moins on se considère en mesure de financer les voyages. Le modèle est intéressant et a l’avantage de conserver des sommes disponibles pour les voyages en tout temps, mais de les adapter un peu plus aux variations du budget. Après discussion avec Antoine, les impacts de l’application de ce modèle sur la baisse des sommes disponibles demeurent cependant difficiles à prévoir. En extrapolant un peu, on pourrait prévoir, par exemple, que ce sont environ 4000$ qui seraient alloués aux voyages pour 2026-2027. On pourrait donc estimer que la baisse des sommes du fonds pourrait être de 6000$ moindre que sans l’application du modèle. 

Enfin, une autre option à laquelle nous avons réfléchi serait de lier le financement des voyages d’accompagnement à la baisse des sommes disponibles au budget elle-même. Nous pourrions, par exemple, nous dire que nous souhaitons une baisse maximale de 10 000$ de nos surplus par année. Nous pourrions ensuite avoir un algorithme très simple qui dit que toute baisse des sommes disponibles au fond (des surplus en fin d’année plus précisément) en bas de 10 000$ « débloque » des fonds pour les voyages l’année suivante. Par exemple, supposons que notre surplus était de 120 000 en 2025-2026 et qu’il est de 112 000 en 2026-27 ; 2 000$ seraient alors disponibles pour les voyages en 2027-2028. On pourrait en même temps garder le « plafond » de 12 000$ de financement pour les voyages pour les années « fastes. Toujours à titre d’exemple, si le surplus de 2027-2028 était de 132 000 finalement (donc +20 000$ par rapport à 2026-2027), 12 000$ deviendraient alors disponibles pour les voyages et on réinjecterait 8 000$ dans le budget. En bref, si nos sommes disponibles ne baissent pas trop rapidement, nous pouvons nous permettre des voyages ; si les sommes baissent toujours au même rythme, les voyages deviennent alors une dépense superflue dont nous devons nous passer. Cette option a donc l’avantage d’exercer un meilleur contrôle sur nos fonds, mais comporte aussi le désavantage de potentiellement ne pas rendre accessible le financement des voyages pour certaines années. 

 

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Avec cet article, les trois membres du comité de perfectionnement souhaitaient lancer la réflexion sur la dynamique du budget que nous avons présentée ci-haut. Comme trois cerveaux valent moins que l’intelligence combinée de notre assemblée et de l’ensemble de nos membres, nous vous invitons fortement à venir partager votre opinion sur le sujet en assemblée générale l’automne prochain, et à faire part à vos collègues de toute autre piste de solution à laquelle vous pourriez penser pour une politique de perfectionnement plus équitable.