Poursuivre la réflexion et les discussions sur l’accessibilité au PEPS

Simon Rousseau-Lesage, responsable des affaires pédagogiques et du perfectionnement

 

C’est avec plaisir que la communauté collégiale aura reçu, la semaine dernière, la confirmation que le PEPS offrirait la session prochaine des périodes d’accès libre aux élèves et aux membres du personnel à raison de deux midis par semaine et pendant la période de la vie étudiante. On ne peut que se réjouir d’une telle décision « pleine de bon sens » : permettre aux élèves d’un établissement d’enseignement d’aller le plus souvent et le plus facilement possible faire de l’activité physique, ça semble aller de soi, non? 

Or, s’il s’agit d’une question aussi élémentaire, répondront certaines et certains de nos collègues, pourquoi ce changement d’orientation en toute fin de trimestre et pourquoi l’accès gratuit au PEPS ne pouvait être envisagé dès son ouverture? 

Votre confusion serait compréhensible, car la capsule vidéo de la direction générale qui nous a été transmise le vendredi 22 mai passait sous silence que la question de l’accessibilité au PEPS a, en réalité, fait l’objet de différends politiques importants pour notre communauté collégiale tout au long de la session. Une pétition sur le sujet a été lancée par l’AGECR et a récolté plus de 1400 signatures; et le comité pédagogique du SEECR a aussi fait des démarches pour inscrire la question de l’accessibilité du PEPS et ses répercussions pédagogiques à l’ordre du jour de la Commission des études. Au fond, c’est parce que deux visions différentes du PEPS et de son lien avec notre mission éducative se sont opposées cette session que nous avons assisté à ce « changement de paradigme » de la part de la direction en fin de session. Il est tout de même dommage que les arguments de fond qui ont été présentés par les élèves et les personnes enseignantes dans le cadre de ce différend politique n’aient pas fait l’objet d’une réponse directe dans la capsule vidéo de la direction générale. Cela nous aurait sans doute permis d’approfondir la réflexion commune sur notre vision du PEPS et de son ancrage dans notre mission éducative. 

Dans un souci de poursuivre le dialogue, nous pensons, pour notre part, qu’une des idées avancées par la direction générale dans sa capsule mérite qu’on y réponde avec attention. La direction générale nous dit qu’il ne faut pas confondre gratuité et accessibilité et que : « la gratuité nous a mené à un PEPS vétuste ; il ne faut pas retomber dans cette situation ». Il s’agit en fait d’un sophisme, un sophisme de la fausse causalité pour être plus précis. Comme le souligne le responsable des communications, de la mobilisation et de la gestion interne dans ce numéro de la Riposte, plusieurs autres facteurs pourraient être en cause lorsqu’il s’agit de la vétusté de l’ancien PEPS (sous-financement chronique en éducation supérieure? Déficit de maintenance des infrastructures au Québec? Coupes et budgets d’austérité des gouvernements qui se sont succédé à Québec? Mauvaises décisions de gestion au niveau local?). Si on appliquait, par analogie, le même raisonnement de la direction générale, mais à nos services adaptés, qui rencontrent aussi certaines difficultés présentement (manque de personnel pour répondre à la demande des plans d’intervention, à la surveillance des examens, à l’accompagnement des élèves en cours de session ou pour faire du développement pédagogique), serait-ce donc la gratuité de l’éducation collégiale qu’il faudrait pointer du doigt? Faudrait-il exiger un droit d’accès de 60$ par session par élève fréquentant les services adaptés pour régler ce problème? À n’en pas douter, cette logique de l’utilisateur-payeur n’est pas ce que voudrait suggérer notre direction générale pour notre établissement, mais alors pourquoi s’en faire un carcan lorsqu’il s’agit du PEPS spécifiquement? 

Aussi est-ce pour permettre de poursuivre une réflexion plus approfondie sur le sujet que nous jugions pertinent de faire paraître dans ce numéro de la Riposte le document, déposé en Commission des études par le comité pédagogique du SEECR, sur la compatibilité entre la décision de monétiser l’accès au PEPS et nos lignes directrices du Plan pour l’apprentissage et la réussite. Nous espérons que les questions qui seront soulevées par sa lecture pourront stimuler la réflexion de notre communauté collégiale sur le PEPS, notre milieu de vie et nos valeurs comme institution. Voici quelques questions qui pourraient servir d’amorce pour une telle réflexion : 

Considérations financières mises à part quelques instants, ne doit-on pas reconnaître qu’un PEPS gratuit pour les élèves serait, à terme, plus en accord avec la mission éducative de notre institution? 

Si nous ne pouvons pas offrir la gratuité du PEPS pour les élèves pour l’instant, serait-il possible de développer un plan, sur un horizon de 5, 10, voire 15 années, pour pouvoir y arriver? 

Ne pourrait-on pas réfléchir à des solutions plus innovantes que la logique de l’utilisateur-payeur pour pérenniser l’entretien de nos infrastructures matérielles, tout en demeurant fidèle à l’esprit d’universalité de l’éducation au cœur de la mission des cégeps? 

D’aucuns s’attendraient à ce que les membres du comité de direction puissent rédiger une réponse rapide à ce document. La période estivale sera peut-être néanmoins l’occasion de belles réflexions qui pourraient être publiées à leur tour la session prochaine afin de poursuivre le dialogue et la recherche de solutions en commun.

Nous vous invitons à consulter ledit document, rédigé par le comité pédagogique du SEECR, au sujet de la compatibilité entre la décision de monétiser l’accès au PEPS et nos lignes directrices du Plan pour l’apprentissage et la réussite à la page suivante.

 


 

 

Le 20 avril 2026

 

Objet : Accessibilité du PEPS et ses répercussions pédagogiques

 

À la Commission des études du Cégep de Rimouski

 

  1. Mise en contexte

Comme la communauté collégiale n’a reçu, à ce jour, aucune explication de la décision de monétiser l’accès aux installations du PEPS en lien avec des considérations de nature proprement pédagogiques, le comité des affaires pédagogiques du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski a entrepris d’évaluer les impacts de cette décision à la lumière du Plan pour l’apprentissage et la réussite. Adopté le 28 mai 2023, le Plan présente les axes, les objectifs, les résultats attendus et les actions autour desquels notre communauté devrait se mobiliser. Après analyse, il nous apparaît comme évident que si des considérations budgétaires devaient l’emporter sur des considérations de nature pédagogiques, cela ne rendrait que plus essentielle une explication soutenue, auprès de la communauté collégiale, des raisons et motifs qui nous forcent à faire passer au second plan la mission première de notre institution.  

 

  1. Proposition

Considérant l’Objectif 1 de l’Axe 1 du Plan pour l’apprentissage et la réussite (Valoriser l’enseignement et l’apprentissage en tant que mission première de notre institution), qui souligne que « chaque action et orientation doit reposer sur des prémisses permettant d’assurer un enseignement et des apprentissages de qualité »; 

considérant que les nouvelles modalités d’accès aux installations du PEPS pour le personnel enseignant du département d’éducation physique nuisent à l’exercice de leur enseignement, que ce soit en lien avec la préparation et la reprise des cours ou le maintien de leurs compétences professionnelles;

considérant que les élèves ont souligné dans la pétition transmise par l’AGECR que la décision de monétiser l’accès au PEPS pose un obstacle supplémentaire à leurs apprentissages;

 

Considérant l’Objectif 1 de l’Axe 1 du Plan pour l’apprentissage et la réussite, qui a pour résultat attendu « que les actions des départements et de l’ensemble de la communauté se sentent unis par une mission commune » et indique comme action de « prévoir des moyens et des moments d’échanges entre les différents groupes afin de partager les réalités et les besoins »; 

considérant que la décision de monétiser l’accès au PEPS pour les élèves et les personnes enseignantes a été prise sans consultation préalable de la communauté collégiale et sans réelle prise en considération des besoins des élèves en particulier; 

considérant que les préoccupations des élèves et des personnes enseignantes ont été exprimées depuis l’annonce de monétiser l’accès au PEPS, mais que celles-ci sont restées lettre morte pour l’instant et n’ont pas reçu le suivi et l’attention permettant de rassembler la communauté autour d’une mission commune;

 

Considérant l’Objectif 2 de l’Axe 2 du Plan pour l’apprentissage et la réussite (susciter l’intérêt des étudiantes et des étudiants à habiter les lieux ainsi qu’à participer aux activités), qui a pour résultat attendu « qu’il y ait une vie de cégep dynamique » et qui indique comme actions de « rassembler la communauté du cégep autour d’activités diversifiées (ludiques, culturelles, intellectuelles, sportives) et porteuses de sens »;

considérant que la décision de monétiser l’accès au PEPS a privé les étudiants et les personnes enseignantes d’activités rassembleuses, sportives et ludiques (notamment les midis-formes) qui sont porteuses du sentiment d’appartenance à la communauté collégiale; 

considérant que la décision de monétiser l’accès au PEPS crée un obstacle supplémentaire à ce que les personnes enseignantes et étudiantes puissent « habiter les lieux » du cégep et rend par conséquent la vie étudiante moins dynamique; 

 

Considérant l’Objectif  3 de l’axe 2 du Plan pour l’apprentissage et la réussite (considérer les idées, les initiatives et les interventions des étudiantes et des étudiants ainsi qu’accroître leur contribution à la communauté collégiale), qui souligne qu’il faut « […] entretenir des liens de confiance et instaurer un climat favorable au développement d’un état d’esprit dans lequel les étudiantes et les étudiants savent qu’elles et ils ont un pouvoir sur les décisions et les orientations de LEUR cégep» ; 

considérant que l’AGECR a dû lancer une pétition (qui a récolté plus de 1400 signatures) pour faire entendre la voix des élèves en ce qui a trait aux décisions et aux orientations qu’ils et elles désirent pour le PEPS; 

considérant que la décision de monétiser l’accès au PEPS sans laisser place aux interventions et aux contributions de la communauté collégiale sur le sujet a porté atteinte au lien de confiance entre les élèves et les personnes enseignantes d’un côté, et l’équipe de gestion de l’autre côté; 

 

Considérant  l’Axe 3 du Plan pour l’apprentissage et la réussite (Autonomie des étudiantes et des étudiants) et son Objectif 1 (accroître chez les étudiantes et les étudiants leur capacité à identifier, à exprimer et à prendre en charge leurs besoins [ex. : besoins pédagogiques, méthodologiques, socioaffectifs, psychosociaux, etc.]), qui indique comme actions d’« assurer un contexte favorable au développement de la connaissance de soi » et de « proposer une offre de formations et d’activités variées »;

considérant que la décision de monétiser l’accès au PEPS pour les élèves restreint considérablement leur capacité à répondre à des besoins essentiels à travers l’activité physique (besoins pédagogiques, méthodologiques, socioaffectifs et psychosociaux);

considérant la pétition de l’AGECR, qui soulignait que « la pratique de l’activité physique est un moyen concret pour renforcer le sentiment d’appartenance qui est essentiel à la réussite des étudiant.es »; 

Il est proposé : 

Que la Commission des études prenne acte du fait que la décision de monétiser l’accès au PEPS va à l’encontre de la mission éducative du Cégep de Rimouski.

Que la Commission des études rappelle à la Direction générale du Collège et au Conseil d’administration que la vocation éducative du PEPS devrait être priorisée dans chacune des décisions qui le concernent.

Que la Commission des études recommande au Conseil d’administration du Collège d’accéder dans les plus brefs délais aux demandes de l’AGECR, présentées dans sa pétition remise le 1er avril 2026. 

Que la Commission des études recommande au Conseil d’administration du Collège de permettre aux personnes enseignantes du département d’éducation physique d’accéder librement au PEPS pendant les heures régulières de cours et la période de la vie étudiante. 

Que la Commission des études recommande au Conseil d’administration du Collège de demander la mise en place d’un plan graduel pour permettre à l’ensemble de la communauté collégiale un accès gratuit aux installations du PEPS, et ce, dans le cadre d’une vision d’ensemble visant à promouvoir la santé globale et le sentiment d’appartenance. 


Le comité des affaires pédagogiques du Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski

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Notes

  1. ^

      « Considérant que les cours d’éducation physique demandent aux étudiants.es une pratique à l’extérieur des cours, et que ceux-ci doivent dorénavant débourser pour prendre soin de leur santé physique au sein du Cégep. »

  2. ^

      « Nous souhaitons que le Peps offre 10 heures d’accès gratuit aux installations pour les étudiants.es par semaine.  Que ce soit par l’accès gratuit lors des heures de midi de la semaine ET pendant la vie étudiante ou par tout autre système permettant la gestion des 10 heures que chaque étudiant.e aura en banque par semaine. »