J’en appelle à vous, vaillants collègues, pour m’aider à résoudre un calcul. Oh non! Ne vous détournez pas trop vite de cette tâche, car elle vous concerne aussi…
L’an passé, notre gouvernement provincial a promulgué une loi interdisant aux enseignants d’exiger un billet médical de l’élève en cas d’absence lors d’une activité sommative.
Depuis, j’ai un problème : rien qu’à ce trimestre, six élèves se sont absentés de mes évaluations, et ce, dans cinq évaluations distinctes. Comme par hasard, il s’agit surtout des premiers examens dans mes trois cours (de numéros différents), examens dont l’appréhension toute naturelle provoque une peur panique chez nos anxieux apprentis.
La raison invoquée pour justifier leur absence? « Je feele vraiment pas bien, je suis malade, je viendrai pas à l’examen. C’est quand ma reprise? »
Je ne sais pas pour vous et votre discipline, mais pour moi en physique, écrire un second examen et m’assurer de le calibrer équitablement avec celui fait par le groupe demande quatre à six heures de travail : sept ou huit questions, couverture des objectifs et compétences, comparaison de la force des questions entre les deux formes, rédaction et pondération du solutionnaire (j’attribue les points à coup de 1% ou 2% jusqu’à 100%)… il ne s’agit pas seulement de changer une phrase d’amorce réflexive ou les chiffres dans les énoncés.
Or, j’ai beau retourner mon calcul dans tous les sens : où vais-je prendre les 20 à 30 heures nécessaires à la création de ces évaluations?
J’ai bien sûr imaginé l’implantation de solutions parallèles ne trahissant pas mes principes professionnels.
Demander un billet de la secrétaire du médecin plutôt qu’au médecin? Ce n’est pas la rédaction d’une simple note qui surcharge le praticien, mais bien la visite elle-même.
Attendre la journée désignée au calendrier scolaire pour procéder, en espérant que l’élève aux multiples reprises constatera entre-temps la bévue qu’il a commise en repoussant tout au 26 mai? Je m’imagine déjà responsabilisée outrancièrement via les complaintes de la clientèle : « Ah, madame! Ma reprise d’examen dans votre cours tombe en même temps que celle de mon cours X : pouvez-vous contacter le prof de X pour ajuster vos horaires? » Et vogue la galère des collisions temporelles entre les cours X, Y, Z (puis c’est tout l’alphabet chinois à cinq mille caractères qui y passe dans la cervelle du prof angoissé). Refuser de gérer ce calendrier? Cette résistance entraînera une plainte à la direction.
Créer une semaine « spécial reprises d’examens » fin mai/début juin pour inciter les élèves à ne pas traîner ici, motivés qu’ils sont pour leur job d’été? Oups, la convention ne permet pas ce grand écart qui joue en bordure des vacances d’été (et ne pensons même pas au trimestre d’automne et à Noël!)
Bref, c’est la quadrature du cercle.
Qu’on me comprenne bien : le vrai problème consiste moins en la maturité variable de la clientèle qu’en l’inconscience du gouvernement qui « pellette dans notre cours » le problème d’accès aux médecins. Dans les strates du sandwich social, j’en ai assez que les enseignants comptent pour du beurre.
Aujourd’hui, c’est moi que cela concerne. Lorsque l’heureux procédé d’absence aura surfé allègrement par le bouche-à-oreille estudiantin, lesquels d’entre vous, chers collègues, seront touchés?
Certains soupirent peut-être déjà : « Je feele vraiment pas bien… ». Il ne faudrait pas laisser ce désagrément insidieux s’infiltrer à travers les petites failles de notre enthousiasme professionnel et le faire craquer.
Vous avez des solutions? J’aimerais vous lire.

