Tout comme vous, j’ai vivement réagi aux annonces concernant la nouvelle tarification imposée pour l’accès à notre centre sportif entièrement rénové. J’ai choisi de laisser une chance à la diplomatie avant de publier ce texte, mais considérant le combat qui a dû être mené pour faire entendre nos revendications, j’ai finalement décidé de procéder. Je vais donc vous partager ma réflexion sur le sujet et proposer des scénarios décisionnels alternatifs qui auraient pu, selon moi, rendre la chose plus acceptable socialement.
Ça commence mal…
Le collègue Étienne Poulin et moi-même avons accepté, l’automne dernier, une invitation de la Fondation du Cégep de Rimouski qui souhaitait nous dévoiler sa nouvelle image de marque, lancer sa campagne de financement pour l’année 2025-2026 et célébrer l’ouverture d’un PEPS nouvellement rénové. L’inauguration de ce tout nouveau complexe sportif aurait lieu dans les prochains jours, nous a-t-on affirmé. C’était le 28 août dernier… On peut comprendre la fierté de l’organisme qui a fait état de ces généreux dons offerts à la communauté étudiante (près de 140 000$) pour l’année 2024-2025 et de sa contribution significative (70 000$) à la rénovation de notre centre multisports. Se trouvaient là plusieurs généreux donateurs dont une personne représentant une entreprise qui a versé non moins de 13 000$ à la campagne de financement annuelle de la Fondation. À la fin de la cérémonie - très bien organisée et animée par ailleurs - nous fûmes cordialement invités à NE PAS suivre la délégation qui a été conviée à faire la visite de notre centre sportif parce que nous ne faisons pas partie de ces généreuses personnes. À ce moment-là, les petits macarons servis m’ont paru subitement bien amers…
Vous ne valez que 20$...
Contrairement à l’annonce du mois d’août, ce n’est qu’en janvier que l’administration a finalement annoncé l’ouverture officielle du PEPS, assortie d’une nouvelle grille tarifaire pour y accéder. Déception. Nous avions pourtant bien essayé de savoir quelles étaient leurs intentions à ce sujet tout au long de la session d’automne 2025, mais nous avons fait face à un mutisme solidaire consommé. « Des annonces s’en viennent », nous a-t-on dit. Ces silences, empreints de malaise, ne laissaient rien présager de bon… On nous a finalement annoncé, en grande pompe, notre tarif compétitif et concurrentiel après une savante étude de marché locale. À ce moment-là, je m’attendais à un rabais substantiel puisque, semble-t-il, il nous fallait désormais payer pour la pratique d’activités sportives. Un 50% de rabais, un remboursement d'une partie des frais d'inscription assurée par le programme Santé globale, une affaire de même. C’est plutôt un rutilant 20$ de rabais sur l’abonnement annuel pour le personnel actif et retraité du Cégep de Rimouski qui nous a été annoncé. 5$ de rabais si on ne prend que l’abonnement à la session de printemps (24 mars - 21 juin). Pensez à tout ce que vous pourrez vous payer avec ce 5$ ! Non, même pas un Tony-patates… Autre déception.
La décision a été justifiée en nous exposant que l'accessibilité au centre sportif ne rimait pas avec gratuité (c’est pourtant poétiquement le cas) et que c’était à cause de cette fameuse gratuité que le PEPS avait atteint cet état de vétusté avancé. Or, il n’en est rien. Notre bon vieux centre sportif n’est pas devenu à ce point délabré parce que le personnel y accédait gratuitement. Il est tombé dans cet état de décrépitude parce que les administrations précédentes ont choisi d’investir les fonds nécessaires à son entretien à d’autres usages. Difficile de faire autrement à vrai dire puisque les gouvernements des dernières années n’ont eu de cesse de couper dans les investissements destinés au réseau collégial. Il fallait rénover notre bâtisse centenaire, s’assurer de la sécurité des usagers, moderniser les salles de classe et les laboratoires en priorité…
Certes, la cause est noble. Les fonds ainsi amassés serviront à constituer des sommes réservées à la réfection des résidences étudiantes qui, elles aussi, sont en mal de vivre. Qui s’opposerait à cela? Mais, est-il réaliste de penser que notre argent fera une réelle différence? Dans un scénario optimiste où 300 personnes employées se dotent d’un abonnement, ça ne générerait que moins de 50 000$ annuellement. Brut, évidemment. Disons que l’on est loin de la poule aux œufs d’or. Entendons-nous, pour atteindre une rentabilité minimale et pour assurer la constitution d’un fonds significatif, c’est sur les locations et l’accès au grand public que le collège doit miser. Pas sur l’apport de son personnel…
Parlant de personnel, celui du cégep passe deux fois à la caisse plutôt qu’une. À Amqui, le stationnement est gratuit. À l'IMQ, l'humble gymnase est également accessible gratuitement. Avant d’en venir à ce type d’orientation, je me questionne: a-t-on réellement retourné toutes les pierres et sollicité l’ensemble des programmes de subventions et de financements disponibles aux trois paliers de gouvernement?
Pour un collège plus… collégial
Je comprends mal la réaction de surprise/déception de la part de nos décideurs et décideuses face aux critiques qui ont suivi cette annonce. Pourquoi ne pas avoir choisi la transparence pour espérer une meilleure adhésion de notre communauté? Pourquoi systématiquement solliciter des firmes externes pour obtenir d’onéreux conseils alors que nous détenons une expertise entre nos murs? N’avons-nous pas des personnes qualifiées à l’interne qui auraient pu mettre l’épaule à la roue? J’ai rêvé d’un comité consultatif collégial, impliquant nos gestionnaires, des membres du personnel et des personnes étudiantes, des personnes qui auraient pu se pencher sur la question, explorer d’autres modes de financement et rendre plus acceptable la décision d’imposer ces tarifs. On a plutôt choisi l’opacité et l’imposition d’une décision sans appel. Le SEECR a même dû épauler le Département d’éducation physique pour que ces profs puissent accéder gratuitement à leurs propres installations... Les firmes d’expert-conseil n’avaient visiblement pas pensé à ça, il faut croire. C’est donc sans surprise que notre communauté s’est montrée déçue, voire frustrée, par cette décision.
J’ai moi-même fréquenté assidûment notre centre sportif, particulièrement au cours de mes 10 premières années de carrières. J’y ai rencontré des collègues enseignantes et enseignants, du personnel de soutien, du personnel d’encadrement (actif et en devenir), du personnel professionnel. J’ai fait la connaissance de personnes qui sont devenues des amis proches, d’autres personnes avec qui j’ai tissé des liens d’amitié qui ont grandement facilité des collaborations ultérieures. J’ai pu convier des étudiantes et des étudiantes à m’affronter sur le court et ainsi développer une belle proximité avec eux (ainsi qu’une belle assurance, je les plantais tout le temps). Ça m’attriste de penser que désormais, il me faudra puiser dans mes poches pour faire ce genre de rencontres et vivre ce type d’expérience.
Levée de boucliers étudiante et blanc mensonge
C’est non moins de 1400 signataires qui ont exigé le retour de la gratuité pour la communauté étudiante dans le cadre d’une pétition déposée par l’AGECR. À son dépôt, la direction a dit ignorer que les personnes étudiantes avaient ce genre de revendication. L’AGECR s’est pourtant montrée très claire avec l’administration en début d’année: nous sommes contre toute imposition tarifaire à l’endroit des étudiantes et des étudiants, et ce, dans l’ensemble des services. Prétendre ne pas être au courant est un simple déni de la réalité.
Le SEECR a tenu la même position réclamant le retour de la gratuité pour ses membres selon les modalités habituelles (le midi et pendant la vie étudiante). Nous avons toutefois fait le choix de placer cette demande en retrait pour favoriser l’initiative étudiante parce que nous considérons que l’activité sportive est une source de protection de la santé mentale et un facteur de motivation pour bien des jeunes.
Au moment d’écrire ces lignes, la Direction vient justement de concéder un accès partiellement gratuit à l’ensemble de la communauté collégiale à raison de deux midis par semaine. On ajoute un accès gratuit aux étudiantes et aux étudiantes pendant la vie étudiante. Le tout en formule dite exploratoire. Je tiens à saluer ce retournement de situation et je ne peux qu’espérer que cette offre sera quelque peu élargie et surtout, pérenne.
Perspectives d’avenir
Le cégep de Rimouski fait actuellement face à des difficultés quant au recrutement et à la rétention de personnel enseignant, et ce, dans plusieurs disciplines. Je considère qu’un accès gratuit à un centre sportif dernier cri serait un formidable atout pour faire du collège un employeur attractif. Qui plus est, l’intégration de mesures facilitant l’activité physique en milieu professionnel est depuis longtemps suggérée par les spécialistes du domaine et il existe des programmes visant à soutenir les employeurs dans leur déploiement. Dans ces articles et documents, on suggère même la construction d’espaces dédiés à l’activité physique en milieu de travail. Dans notre situation, les installations y sont déjà… Pourquoi ne pas simplement en faciliter l’accès?
En ce qui me concerne, j’ai choisi de ne pas m’abonner au PEPS et ainsi dire adieu à une pratique sportive conviviale en milieu professionnel. Contrairement à ce qui nous a été annoncé, j’estime que la tarification n’est pas aussi compétitive que l’on veut nous laisser croire, surtout quand on considère la qualité des équipements et la disponibilité des installations. J’en suis bien navré et c’est à regret que je passerai devant notre beau PEPS sans m’y arrêter. Je me consolerai en lisant un bon livre en me disant qu’au moins, on ne nous a pas imposé de tarif pour accéder à notre splendide bibliothèque après sa récente réfection.
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Notes

