Chronique Fectaculaire S2E4

Hugo Boulanger, responsable des communications, de la mobilisation et de la gestion interne

 

Oui, je sais, c’est assez faible comme jeu de mots, mais je trouve que ça représente bien l’humour à la fois primaire et vaseux que j’affectionne particulièrement. Dans cette chronique, je compte lever le voile sur les activités menées par les membres du bureau syndical de la FEC-CSQ, un aspect qui m’apparaissait assez mystérieux du temps où j'étais moi-même un non-initié.

 

Les États généraux sur le syndicalisme

Comme vous le savez déjà, des délégations issues des 9 principales organisations syndicales du Québec (APTS, CSD, CSN, CSQ, FAE, FIQ, FTQ, SFPQ et SPGQ) se sont réunies en mars dernier pour entamer une grande réflexion collective sur les thèmes suivants:

  • Le syndicalisme dans la société québécoise;

  • La vigueur syndicale;

  • Le modèle des relations de travail;

  • Le rôle politique des syndicats;

  • L’évolution des relations intersyndicales;

  • Les syndicats et les groupes historiquement discriminés.

 

L’événement s’est initié avec une conférence animée par la journaliste Françoise Guénette réunissant 5 panélistes ayant pour objectif de cerner les forces et les faiblesses du mouvement syndical québécois:

  • Manon Poirier, directrice de l’Ordre des CRHA;

  • Françoise David, ex-politicienne solidaire;

  • Barry Eidlin, professeur associé de sociologie à l’Université McGill;

  • Pascale Ste-Onge, ex-politicienne libérale;

  • Vincent Chevarie, organisme Au bas de l’échelle.

 

Il me serait difficile de restituer l’intégralité des propos discutés; je vous propose donc une synthèse des éléments qui mont paru les plus pertinents. En somme, le mouvement syndical québécois figure parmi les mieux positionnés en Amérique et joue un rôle social important. Il fait toutefois face à une résistance notable, portée par un gouvernement déterminé à reléguer le personnel syndiqué dans une position défavorable aux yeux de lopinion publique. Dans ce contexte, lenjeu de la communication devient central: il sagit dinformer adéquatement la population et de déconstruire la désinformation entretenue par un discours gouvernemental parfois revanchard, qui prétend «protéger les travailleuses et les travailleurs des syndicats» (sic), une affirmation pour le moins discutable sinon douteuse.

On observe également que les syndicats agissent trop souvent en réaction plutôt que de manière proactive sur divers enjeux sociaux, comme l’immigration, et qu’ils se retrouvent fréquemment à la remorque d’organismes communautaires plus prompts à se mobiliser. Il apparaît donc nécessaire de repenser l’organisation du mouvement syndical afin d’en accroître la flexibilité et la rapidité d’intervention. Pourtant, les syndicats disposent de ressources considérables: ils constituent, de loin, les mouvements sociaux les mieux financés et les plus structurés. Néanmoins, leurs actions sont parfois freinées par des lourdeurs administratives et procédurales qui limitent leur capacité à soutenir efficacement des organismes plus agiles, mais financièrement moins bien nantis. Il convient toutefois de souligner que les syndicats répondent présents lorsque leur appui est sollicité, et que ce soutien s’avère souvent déterminant dans la défense des enjeux sociaux.

À titre comparatif, aux États-Unis, malgré un taux de syndicalisation nettement inférieur, le personnel syndiqué apparaît généralement plus dynamique et proactif, ce qui contribue à projeter une image plus positive du mouvement.

Enfin, bien que les relations de travail soient généralement harmonieuses au Québec, on constate une montée marquée de l’individualisme ainsi qu’un affaiblissement de l’adhésion aux mouvements collectifs. De plus, le mouvement syndical fait face à une concurrence accrue sur le plan des communications, notamment en raison de l’occupation croissante de l’espace médiatique par des discours antisyndicaux diffusés via les réseaux sociaux et portés par certaines figures influentes (influenceurs et influenceuses).

C’est donc à la lumière de ces constats que les personnes déléguées se sont ensuite réunies dans les divers ateliers thématiques dont la mission était de dégager des pistes de solutions visant à solutionner ces divers enjeux.

J’ai personnellement participé aux ateliers #1 (le syndicalisme dans la société québécoise) et #2 (le rôle politique des syndicats) où j’ai constaté un certain recoupement entre les deux thématiques. Il s’agit en fait d’un constat que plusieurs personnes déléguées ont émis au sortir de leurs ateliers respectifs. Vous pouvez consulter les différentes propositions issues de ces travaux, par thème, en consultant ce lien.

À la fin de la seconde journée, l’ensemble des délégations s’est regroupé pour une plénière finale où les éléments les plus communs ont été discutés. En résumé, pour assurer la pérennité du mouvement syndical et pour en revamper la vitalité, il nous est suggéré:

  • d’améliorer nos structures de communication en les modernisant;

  • de mutualiser les plateformes d’éducation tant syndicale que populaire;

  • de générer une dynamique intersyndicale en commençant par une meilleure organisation locale et régionale;

  • de fédérer les enjeux communs (hyperproductivité, surcharge de travail, etc.) pour susciter une plus grande indignation populaire et ainsi, une meilleure adhésion au mouvement;

  • de créer des espaces de co-construction des objets de lutte avec les membres afin de les mobiliser davantage;

  • de baliser le maraudage pour se focaliser sur le recrutement de personnes non syndiquées au lieu de créer des luttes intestines entre nos organisations;

  • de ne pas limiter le mouvement ouvrier à la seule question de l’amélioration des conditions de travail, mais l’utiliser comme levier de transformation sociale;

  • de ne pas réserver les actions sociopolitiques aux membres des équipes exécutives;

  • de faire la promotion du fait que les syndicats sont les derniers bastions de la démocratie directe dans notre société;

  • de considérer le pluralisme syndical comme une richesse et que l’union de ces unités diversifiées doit être mise de l’avant pour augmenter notre rapport de force avec l’employeur-législateur.

 

Parmi ces propositions, deux ont fait consensus: 

  • Mieux éduquer nos membres et la population en général au sujet des gains liés aux luttes syndicales ainsi que sur les bienfaits sociétaux amenés par nos organisations pour mieux illustrer la portée sociale de notre mouvement et ainsi contrecarrer le discours antisyndical du patronat et du gouvernement;

  • Baliser les opérations de maraudage pour éviter l’entre-déchirement et le gaspillage de précieuses ressources susceptibles de faire avancer les causes que nous soutenons.

 

En conclusion, je pense que cet exercice était certes nécessaire, mais que de le tenir sur une période aussi restreinte (2 jours) a certainement limité la portée de nos réflexions. J’ai également relevé que certaines délégations se sont prêtées au jeu de mauvaise grâce en diffusant le discours que cette instance ne servait qu’à “pelleter des nuages” et que certaines organisations ont accueilli de manière assez froide l’idée de mieux encadrer les opérations de maraudage. Bref, il y a encore du travail à faire si l’on souhaite une meilleure adhésion aux principes que nous avons dégagé et que ça commencera dans nos propres rangs.

 

Quelques dates à retenir:

  • Mai 2026: un sondage sera soumis aux membres des syndicats afin que ces personnes se prononcent sur ces orientations. Il est disponible ici. Vous pouvez y répondre jusqu’au 4 juin prochain;

  • Février 2027: fin des travaux des états généraux du syndicalisme (malheureusement après les élections de l’automne).

 

Conseil général de la CSQ du mois de mars

Voici maintenant le désormais traditionnel résumé des sujets traités au cours de cette instance nationale dont le thème était la violence dans les institutions publiques et dans notre société.

La rencontre s’est initiée avec une intervention privilégiée visant à faire la promotion du mouvement « Le communautaire est à boutte » dénonçant le sous-financement chronique de ces organismes et associations. Chaque personne participante s’est donc vu remettre un bout d’étoffe rouge à épingler sur soi en guise de geste de solidarité.

 

Cabinet comptable

Vous le savez très certainement, le gouvernement a mis en place une législation afin d’assurer la transparence dans la gestion financière des organisations syndicales. Or, avant même l’adoption de ce projet de loi, la CSQ donnait déjà en mars dernier le bon exemple en exposant son processus de sélection du cabinet comptable qui sera chargé d’effectuer ses vérifications financières. Le cabinet actuel (Mallette) proposant une hausse de près de 25% de ses tarifs, la CSQ a décidé de tester le marché en déposant un appel d’offres. Des quatre soumissionnaires initiaux (Lemieux Nolet, Groupe RDL, BDO et Mallette), seules deux firmes ont maintenu leur offre de service pendant l’ensemble des opérations: BDO et Mallette. Comme la première offrait ses services pour une somme nettement supérieure (plus de 100 000$ d’écart pour le même exercice), c’est la seconde firme, Mallette, qui a été retenue.

 

En action pour l’éducation (2e volet)

On nous présentait ici le résultat de la consultation lancée l’hiver dernier dans les syndicats ainsi que les propositions d’orientations qui en découlent. La préoccupation la plus centrale était le manque de collaboration et de cohérence entre les institutions éducatives, les différents ministères et les organismes travaillant auprès des enfants, des élèves et des personnes étudiantes. Bref, un vif désir d’ouvrir le dialogue social en éducation a été exprimé dans la vaste majorité des organisations consultées. Les orientations ont été regroupées en thèmes en plusieurs thèmes distincts, de la même façon qu’était organisée la consultation: 

>Politiques sociales:

  • Revendiquer la mise en place d’une politique nationale d’alimentation dans les institutions éducatives;

  • Revendiquer un programme d’alimentation dans les écoles offrant des repas sans frais à l’ensemble des élèves.

>Écocitoyenneté:

  • Réclamer une plus grande place pour les notions d’écocitoyenneté lorsqu’une révision de programme est prévue;

  • Reconnaître que les institutions éducatives de la petite enfance à l’enseignement supérieur jouent un rôle important dans le développement de l’écocitoyenneté et devraient soutenir les projets visant l’écocitoyenneté, le développement durable et l’engagement communautaire.

>Gestion axée sur les résultats:

  • Revendiquer une nouvelle approche de gestion de l’éducation, développée en collaboration avec les chercheuses et les chercheurs et les partenaires de l’éducation et qui redonne sa place à la dimension humaine de l’éducation;

  • Réclamer une vaste réflexion sur l’usage actuel de l’évaluation, qui exerce une pression sur les institutions éducatives.

 

>Littératie:

  • Revendiquer des ressources suffisantes afin que les institutions éducatives favorisent l’accès aux livres et aient des bibliothèques bien fournies et dotées de personnel qualifié comme moyen de soutenir la littératie et l’alphabétisation;

  • Affirmer que le développement et la qualité de la langue devraient être une préoccupation dans toutes les matières et dans tous les secteurs, de la petite enfance à l’enseignement supérieur.

>Éducation des adultes et formation continue:

  • Revendiquer que des services professionnels et de soutien soient offerts en éducation des adultes et en formation continue en quantité suffisante pour répondre aux besoins des élèves et des personnes étudiantes;

  • Réclamer que l’éducation des adultes et la formation continue soient considérées comme des composantes essentielles du système d’éducation en ayant un mode de financement permettant de répondre aux besoins des adultes de toutes les régions du Québec.

>Éducation populaire:

  • Reconnaître l’importance et le caractère essentiel de l’éducation populaire afin de répondre à des besoins sociaux;

  • Revendiquer des mesures concrètes pour soutenir la réalisation de la mission des organismes d’éducation populaire;

  • Favoriser les liens de collaboration entre les institutions éducatives et les organismes d’éducation populaire, dans une vision commune de l’éducation et dans le respect de leurs missions respectives.

 

>Formation professionnelle: 

  • Positionner la formation professionnelle comme une formation essentielle à la société;

  • Privilégier l’obtention du diplôme d’études professionnelles (DEP) comme la voie pour obtenir une formation qualifiante et transférable dans ce secteur;

  • Réclamer un mode de financement de la formation professionnelle qui permet une plus grande accessibilité et le soutien des élèves, lors de leur parcours par l’offre de services professionnels et de soutien.

>Enfants, élèves, étudiantes et étudiants à besoins particuliers (EBP ci-après):

  • Revoir les modes de financement quant aux EBP pour qu’ils soient axés sur leurs besoins et permettent plus de prévisibilité et de stabilité des services à long terme;

  • Miser sur la prévention et sur l’intervention rapide et précoce, en assurant des services variés pour répondre aux besoins diversifiés des EBP;

  • Réclamer une politique globale pour les EBP de la petite enfance à l’enseignement supérieur pour assurer une meilleure cohérence dans l’offre de services;

  • Réaliser de manière rigoureuse l’évaluation des capacités et des besoins des élèves du secteur scolaire ainsi que l’évaluation de la contrainte excessive et de l’atteinte aux droits des autres élèves, de manière à identifier les meilleurs environnements pour chacun, entre la classe régulière et la classe d’adaptation scolaire;

  • Assurer les services professionnels et de soutien nécessaires à une intégration harmonieuse, lorsque la régulière est privilégiée.

>Appui aux revendications autochtones:

  • Revendiquer des lieux de partenariat entre les institutions éducatives et les communautés autochtones pour encourager le dialogue, une meilleure compréhension de leurs réalités et permettre ainsi de mieux appuyer leurs revendications;

  • Réclamer des mesures d’accompagnement et de soutien au sein des institutions éducatives adaptées aux réalités autochtones.

>Enfants, élèves, étudiantes et étudiants issus de l’immigration (EII ci-après):

  • Renforcer les mesures pour l’accueil, dans les institutions éducatives, des EII;

  • Réclamer l’accroissement des ressources pour soutenir la francisation des EII, ainsi que des familles.

 

Cette série d’orientations sera adoptée au Conseil général de la CSQ de la fin mai 2026 pour ensuite paraître dans la plateforme CSQ en éducation en octobre prochain.

 

Sondage sur la violence dans notre société

Cette présentation de la firme Léger, un peu austère, avouons-le, nous a tout de même permis de cerner la perception de la violence et le sentiment de sécurité au sein de la population sondée. 

Voici les données qui m’ont paru les plus pertinentes:

  • 82% des personnes sondées se sentent généralement en sécurité bien que 67% de ces mêmes personnes constatent un recul du civisme dans notre société;       

  • 31% des personnes sondées ne se sentent pas en sécurité dans les transports en commun alors que 28% de cette population éprouve le même sentiment sur la route (manque de civisme, rage au volant, etc.);

  • 55% des personnes sondées estiment que les problèmes liés au manque de civisme vont augmenter dans les prochaines années;

  • 67% estiment que la violence a augmenté et 57% pensent que la situation continuera de se détériorer;

  • 84% de la population sondée a dit avoir entendu parler d’une situation violente alors que 29% en ont été témoin;

  • 68% de la population sondée a dit avoir entendu parler d’une situation d’incivilité alors que 48% en ont été témoin;

  • 28% des personnes sondées disent être victimes d’incivilité alors que 10% prétendent être victimes de violence.

 

Il peut être risqué de tirer de grandes conclusions après ce genre d’enquête à cause des nombreux biais induits par nos comportements sociaux. À titre d’exemple, il est fort possible qu’une personne juge un comportement observé comme étant inadéquat, mais n’agisse pas nécessairement en conséquence. Elle pourrait tout de même prétendre le contraire dans une réponse à une question de sondage à cause d’une aspiration de désirabilité sociale. N’empêche, savoir que 10% des personnes sondées subissent de la violence est extrêmement préoccupant.

 

Conférence de Léa Clermont-Dion: masculinisme et la polarisation sociale à l’ère du numérique

Selon Mme Clermont-Dion et statistiques à l’appui, on constate une hausse significative de la haine et des mouvements haineux en ligne. La montée en puissance de Donald Trump en 2016 et en 2024 a par ailleurs fait exploser le phénomène puisque ce dernier génère lui-même des discours haineux (misogynie, propos clivants, etc.) envers les populations qui n’épousent pas parfaitement ses politiques. En 2022, la compagnie META a par ailleurs limité le contrôle des discours haineux au nom de la liberté d'expression, exacerbant ainsi la tendance.

Mme Clermont-Dion nous a également fait l’étalage de quelques néologismes en lien avec ce triste constat:

  • Masculinisme: mouvement promouvant la hiérarchisation des relations interpersonnelles basé sur la ségrégation de genre, le sexisme, la misogynie, l’homophobie et l’antiféminisme. Il ne faut pas croire que cette idéologie soit l’équivalent du féminisme puisqu’il appelle à la domination masculine et non pas à l’égalité des droits.

  • Broligarchie: forme de technolibéralisme issue de l’élite masculiniste qui concentre une influence politique et économique majeure et partageant une culture de camaraderie masculine.

  • Manosphère: ensemble des discours et des communautés sévissant en ligne et qui partage une idéologie antiféministe. On cite en exemple les personnages d’Andrew Tate, le Raptor dissident, Sneako, coach Racicot* et la baladodiffusion Lucide podcast*.

*Contenus malheureusement québécois

  • Incels: communautés en ligne formées de jeunes hommes hétérosexuels qui n’ont pas de succès amoureux ni sexuel auprès des femmes, et qui, en conséquence, en viennent souvent à adopter une rhétorique antiféministe, misogyne et haineuse (https://actualites.uqam.ca/2023/comprendre-discours-incels/).

On constate également que les mouvements masculinistes instrumentalisent les combats d’arts martiaux mixtes, l’industrie du fitness et la boxe pour atteindre de jeunes hommes vulnérables qui sont le plus souvent en quête d’identité et affichant un grave problème de confiance en soi. Le discours masculiniste est axé sur les stéréotypes de genre et leur apprend que les femmes sont instables, sournoises et cherchent à manipuler les hommes. Il est donc question le plus souvent de victimisation masculine et d’une masculinité frustrée dont les besoins ne sont plus, semble-t-il, considérés. On ajoute que les hommes sont naturellement dominants et que la femme devrait quant à elle être soumise et obéissante.

Mme Clermont-Dion affirme que près de 34% des jeunes hommes montréalais adhéreraient de près ou de loin à ce type de discours.

Elle cite également 4 types de profils particulièrement vulnérables au masculinisme:

  • Les hommes seuls;

  • Les hommes ayant des enjeux de santé mentale ou qui est en quête de sens;

  • Les hommes axés sur la performance et sur la désirabilité masculine;

  • Les hommes radicalisés ou fatalistes, représentés par les incels.

Mme Clermont-Dion a terminé sa présentation sur une note positive et mentionnant la campagne « on s’écoute » du ministère de l’Éducation supérieure. L’offensive rassemble des ressources visant à contrer le mouvement masculiniste en proposant, notamment, des modèles de masculinité positive et respectueuse des femmes.

 

Analyse de la conjoncture sociopolitique

Les spécialistes se sont intéressés à expliquer l’augmentation des violences dans notre société en faisant le lien avec la radicalisation politique constatée à l’échelle internationale. On observe effectivement une montée des violences armées dans le monde ainsi que la résurgence de regroupements d’extrême droite.             et de partis politiques radicalisés.

On a dénombré près de 185 000 événements violents dans le monde en 2025 soit près du double des occurrences de l’année 2021. Cela représente plus de 831 millions de personnes exposées à ces violences. Ces événements violents ont été causés par des États dans 74% des cas. À cet effet, en 2025, il y a eu pas moins de 59 conflits interétatiques, soit le double de l’année 2024 et ce qui constitue un record depuis la Seconde Guerre mondiale. Deux pays se distinguent particulièrement à ce niveau en étant responsables de 88% des incidents violents impliquant des civils, soit la Russie et Israël. Les États-Unis pourraient par ailleurs rejoindre ce triste palmarès avec ses actions au Vénézuéla et en Iran.

Dans une optique de défense nationale et d’autosuffisance militaire, les pays du monde ont en général repris la course à l'armement. Les frais liés à la militarisation ont bondi de 9,4% en 2024 pour se chiffrer à la somme faramineuse de 2700 milliards de dollars globalement.

Le Canada ne fait pas exception à la règle. Le 17 février dernier, le gouvernement libéral de Mark Carney annonçait un investissement national de 82 milliards de dollars dans la défense nationale. Si notre pays maintient le cap sur son objectif, ce sont près de 500 milliards de dollars qui seront investis dans le secteur militaire d’ici 2035 ce qui représente une somme de 12 500 dollars par citoyen canadien.

Plus près de nous, au Québec, on déplore une forte hausse des événements violents (2,6 par année entre 2010 et 2015 contre 19.4 par année entre 2016 et 2020) et l’émergence de groupes d’extrême droite faisant principalement la promotion du nationalisme identitaire et luttant ouvertement contre l’immigration. Certains de ces groupes représentent une réelle menace à la sécurité publique à cause de la militarisation de leur mouvement (ex. Atalante Québec). 

On assiste actuellement à la répétition des discours polarisant par le truchement des réseaux sociaux et des médias radiophoniques soutenant l'extrême droite générant ainsi un phénomène nommé « fenêtre d’Overton » où ces idées de plus en plus souvent répétées deviennent lentement, mais inexorablement normales et acceptables. C’est de cette façon que l’on en vient à banaliser l’intolérance et à alimenter la fragmentation sociale.

Finalement, il importe de comparer la conjoncture actuelle à l’histoire du début du 20e siècle où la radicalisation et l’extrême droite se sont invitées à la tête de puissances mondiales avec le résultat funeste que l’on connaît. Il importe de contrer cette émergence pour éviter un autre désastre à l’échelle planétaire.

 

Plan d’action de nature sociétale: campagne de sensibilisation contre la violence

Face à la montée de la violence dans nos milieux de travail, la CSQ a reçu de ses membres le mandat de préparer une campagne visant à sensibiliser tant les décideurs que la population aux effets dévastateurs du phénomène. La Centrale a d’abord tenté d’identifier les principales causes sociales générant de la violence:

  • Les inégalités économiques croissantes;

  • L’isolement social et la santé mentale;

  • L’exposition à la violence dès le jeune âge;

  • L’hyperconnectivité et la cyberviolence;

  • L’affaiblissement du tissu communautaire;

  • La montée du masculinisme;

  • L’augmentation des discours haineux.

  • Cette violence a non seulement des conséquences sur les individus, mais également sur les communautés et sur nos institutions.

 

Les objectifs de la présente campagne sont donc de:

  • mettre en lumière la banalisation de la violence et provoquer une prise de conscience collective;

  • rendre visibles des formes de violence souvent minimisées;

  • répondre à la volonté d’agir exprimée lors de la tournée de la coordination nationale.

Le slogan retenu est: Ensemble on voit clair - agissons contre la violence 

Le matériel de la campagne et la boîte à outils associée devraient normalement nous être présentés au conseil général de la fin mai pour un lancement officiel en octobre prochain.

 

Analyse de la conjoncture économique

Le dernier budget de la CAQ a été analysé et quelques observations nous ont été présentées. Les analystes se sont d’abord penchés sur les coûts de système tout en les comparant aux investissements proposés. Tout d’abord, il faut savoir que les coûts de système se définissent par les augmentations de budget nécessaires pour assurer la continuité dans la quantité et la qualité des services. En ce qui nous concerne, la balance est positive puisque les coûts de système associés au réseau de l’enseignement collégial sont évalués à 4,8% alors que le budget a été fixé à 5,3% soit une différence positive nette de 0,5%. Cela dit, les cégeps font tout de même face à un recul significatif de leurs investissements par personne étudiante de -6,4% par rapport à l’année 2024-2025 (recul de -5,3% pour les universités en le comparant à 2023-2024).

Les autres secteurs sont encore moins bien nantis...

Le budget prévoit la conversion de 5000 places de services éducatifs privés non subventionnés en places privées et subventionnées. Le besoin était estimé à 30 000 places en CPE et en milieux familiaux.

Aucune annonce pour l’environnement.

Recul de 1,6% des investissements dans le réseau scolaire.

45 millions investis pour le soutien aux organismes communautaires alors que les besoins se chiffrent à plus de 1 300 millions de dollars.

Quelques peccadilles investies dans la lutte contre la crise du logement qui, globalement, n’apporteront aucune solution: 230 logements abordables (46 M$), subventions au loyer (44M$) et programme d’entretien des HLM (53M$) et ce, pour l’ENSEMBLE du territoire québécois.

 

Capsule juridique: l’immunité syndicale

Les concepts de l’immunité syndicale et du devoir de loyauté se font souvent face dans l’exercice d’un mandat syndical. Il faut aux personnes élues maintenir un équilibre difficile entre la contestation et l’insubordination. L’immunité syndicale n’est évidemment pas absolue, mais elle permet de préserver le rapport de force du syndicat tout en contraintes par certaines limites:

  • elle ne couvre que les personnes officières agissant dans leur rôle officiel dans l’exercice de leur mandat;

  • les comportements de ces personnes ne doivent pas être excessifs, intimidants, menaçants ou vexatoires;

  • aucune tolérance quant à l’intimidation, la violence ou les menaces.

  • en somme, une personne officière peut critiquer ouvertement son employeur, ses politiques et ses actions dans l’exercice de son mandat, mais le tout doit se faire respectueusement et sans porter atteinte à la réputation de ce dernier.

 

Élections 2026: plan d’action et de communication

La CSQ souhaite mettre en œuvre une stratégie de plaidoyer auprès des partis politiques avec une approche centrée sur les solutions. Elle compte également informer les organisations affiliées et les membres au sujet des diverses plateformes électorales et au sujet de ce que proposent les partis politiques comme réponse aux enjeux qui nous concernent. Elle désire finalement susciter l’engagement et la participation de nos membres.

Pour ce faire, la CSQ mise sur quatre volets distincts:

  • le financement et la valorisation des services publics et parapublics;

  • la réflexion collective en éducation et en enseignement supérieur;

  • la participation démocratique;

  • la lutte aux violences.

La campagne « Ça nous regarde ! »  sera donc de retour cet automne en misant sur les thèmes « Je m’informe - Je compare - Je participe » afin de conscientiser le plus de personnes possible quant à l’exercice d’un droit de vote réfléchi et éclairé.

 

Projet de Loi 3 (Loi 4) - Loi visant à améliorer la transparence, la gouvernance et le processus démocratique de diverses associations en milieu de travail : états des lieux

Un outil de synthèse nous a été présenté où il est possible de voir l’évolution du projet de loi depuis sa version originale et la version qui a été adoptée à l’Assemblée nationale en avril dernier. En somme, il n’y a pas beaucoup de différence avec la version traitée lors du dernier Conseil général. La CSQ recommande de ne pas aller de l’avant immédiatement avec la modification de nos statuts respectifs dans la foulée de cette adoption, le temps de faire quelques vérifications juridiques. La Centrale se propose également pour soutenir nos organisations dans ces opérations en organisant un conseil général extraordinaire qui portera exclusivement sur la question afin de nous proposer des éléments élaborés prêts à être adaptés et intégrés à nos statuts qui devront par ailleurs être modifiés d’ici le mois d’octobre prochain.

En ce qui concerne le SEECR, nous devrons nous soumettre à une mission d’examen (plus de 1000$ par année) puisque nous générons des cotisations s’élevant à près de 475 000$. Nous devrons également nous attarder à la modification de notre mode de scrutin pour permettre le vote à l’ensemble des membres pour une période de 12 heures pour les questions touchant aux élections de personnes représentantes, les votes de grève, l’adoption d’une convention collective et l’établissement d’une cotisation facultative.

Pour le reste des dispositions légales, nos pratiques respectent d’ores et déjà les dispositions prévues à la loi. 

 

Éducation autochtone: entre autodétermination et décolonisation

Il s’agit ici d’un dossier assez complexe dont la présentation visait principalement à nous exposer les différents enjeux liés au domaine de l’éducation chez les peuples autochtones. Tout d’abord, dans la foulée de la Commission de vérité et de réconciliation du Canada, les peuples autochtones aspirent à l’autodétermination c’est-à-dire de pouvoir décider eux-mêmes et sans ingérence de leurs priorités, de leurs institutions et de leur développement, de leurs cultures et de leurs besoins. On ne s’inscrit pas ici dans une logique de privilège, mais bien de droits et de réelle équité.

Le contexte québécois est assez particulier en la matière puisqu’il comporte 2 régimes distincts: certaines nations (Cris, Inuit et Napaskis) sont conventionnées alors que toutes les autres nations (Abénakis, Algonquins, Atikamekw, Innus, Malécites, Micmacs et Mohawks) sont régies par la Loi sur les Indiens de 1876. Ces régimes imposent un financement et des programmes éducatifs différents. Cette distinction entraîne également des problèmes de reconnaissance des diplômes et une transition parfois compliquée dans le réseau de l’éducation, tout particulièrement en enseignement supérieur.

Ce manque de considération et d’approche holistique génère des enjeux quant à la réussite étudiante et à l’accessibilité aux études supérieures pour ces populations. Le tout sans même considérer que certaines nations n'utilisent que l’anglais comme langue seconde ce qui peut poser un obstacle supplémentaire pour l’intégration au système éducatif national québécois.

 

Les revendications autochtones sont pourtant relativement simples:

  • Décider eux-mêmes des programmes éducatifs et de leurs contenus;

  • Enseigner selon leurs cultures et leurs langues;

  • Former et diplômer leurs élèves;

  • Faire reconnaître ces diplômes.

Les peuples autochtones réclament également la décolonisation de l’éducation afin de reconnaître, de valoriser et d’intégrer pleinement les savoirs, les langues, les cultures et les perspectives propres à leur réalité et à leur héritage culturel et qui ont été malheureusement oblitérées dans les systèmes éducatifs hérités du colonialisme. On cherche donc à sortir de la vision européenne de l’accès aux connaissances et à créer des parcours éducatifs respectueux des droits et traditions de ces peuples.

 

Soutien à domicile au Québec: se doter d’une vision et d’un modèle responsables

Il est question ici du vieillissement de la population québécoise et des moyens à déployer pour nous assurer de répondre aux besoins des personnes aînées tout en leur offrant des conditions de vie respectueuses de leur dignité. En 2024-2025 près de 395 000 personnes ont bénéficié de service de soins à domicile, une alternative intéressante aux résidences pour personnes âgées. Malheureusement, le modèle actuel ne peut pas répondre à l’ensemble des besoins qui n’ont de cesse d’augmenter. En 2025, on comptait déjà plus de 1,97 million de personnes âgées de plus de 65 ans au Québec, soit 21,7% de la population et cette proportion pourrait passer à 26% d’ici 2051. Comme ces personnes sont issues de l’historique « baby-boom » de l’après-Seconde Guerre mondiale, il ne semble pas réaliste d’aménager des places en résidences pour chacune de ces personnes puisque les générations suivantes ne pourront pas les occuper intégralement. L’idée de prolonger la vie à domicile est donc une solution à considérer si l’on souhaite éviter de devoir construire, entretenir et éventuellement réaffecter à d’autres usages un parc immobilier onéreux et hautement spécialisé.

En 2023, on estimait à environ 10,7% le taux de réponse aux besoins de base en termes de soins à domicile, ce qui laissait plus de 300 000 personnes en attente de soutien. D’ici 2040, la population nécessiteuse de service de soins à domicile pourrait grimper à près de 550 000 personnes dont plus de 34000 auront des incapacités lourdes exigeant des soins de longue durée. Pour faire face à cette crise, il est donc impératif que le gouvernement déploie des programmes de soutien financier afin d’assurer la disponibilité de ressources médicales pour porter assistance aux personnes âgées toujours aptes à occuper leur domicile et ainsi désengorger les RPA et les CHSLD. Il importe également de changer l’approche pour les soins à domicile en s’attardant davantage à l’aspect humain qu’à la simple gestion administrative et à la reddition de comptes que l’on constate actuellement dans le secteur. Notre système de santé est malheureusement conçu pour répondre aux besoins aigus de la population et non pour prendre soin à long terme de ses personnes usagères. Qui plus est, la prise en charge de ces personnes par le milieu privé lucratif ne semble pas non plus être une avenue porteuse pour les tranches les moins bien nanties de notre population.

La CSQ souhaite donc rencontrer les partis politiques pour entamer une réflexion sur le sujet tout en proposant des solutions pérennes pour assurer une transition réussie vers un système à la fois plus humain et plus digne.

Comme vous avez pu le constater, on ratisse souvent large dans les conseils généraux de la CSQ !

 

En route vers la négo !

Vous ne vous en étiez peut-être pas rendu compte, mais, mine de rien, votre contrat de travail viendra à échéance en avril 2028. Oui, déjà !  Dans cette courte section, je vais donc vous présenter les prochaines grandes étapes qui nous mèneront à la prochaine ronde de négociation dans les secteurs publics et parapublics.

Tout d’abord, un petit rappel historique:

  • lors de la négociation de 2023-2028, nous avons formé une alliance sectorielle avec notre fédération sœur, la FNEEQ-CSQ. Le regroupement s’appelait l’ASPPC (Alliance des syndicats des professeures et des professeurs de cégep);

  • 36 recommandations ont été émises suite à cette alliance en vue de la négociation de 2028;

  • le retrait des demandes d’allègement de la tâche enseignante a causé beaucoup de déception chez le personnel enseignant de notre fédération.

 

Ce qui nous attend dans les prochains mois:

  • Automne 2026: lancement d’une consultation des membres de la FEC-CSQ afin de mesurer l’intérêt de former à nouveau une alliance sectorielle. Nous émettrons par ailleurs des conditions sine qua non pour considérer cette potentielle alliance au sujet de la réduction de la tâche enseignante notamment;

  • Octobre 2026: Retour de consultation et adoption des modalités d’élection du comité de négociation;

  • Novembre 2026: Élection des membres du comité de négociation;

  • Printemps 2027: Début des travaux du comité de négociation (tournées des Assemblées générales, constitution du cahier de demandes, etc.);

  • Octobre 2027: Dépôt du cahier de demandes syndicales;

  • Décembre 2027: Dépôt du cahier de demandes patronales.

 

N’hésitez donc pas à participer aux assemblées générales de l’année prochaine pour avoir voix au chapitre. Votre contribution est essentielle afin d’assurer un exercice représentatif et démocratique.