Syndicat des
enseignantes et enseignants
du Cégep de Rimouski
Centrale des syndicats du QuébecFérération des enseignates et enseignats de CEGEP

À propos de la fête du Travail

Francesco Barletta, enseignant de Physique au CMÉC

Chaque année au Canada, le premier lundi du mois de septembre, on célèbre la fête du Travail. Quelle est son origine? Selon l’Encyclopédie canadienne1, la fête trouve ses racines dans la grève des imprimeurs torontois de 1872. Les grévistes de l’époque revendiquaient une journée de travail de neuf heures. La victoire des travailleurs marquait un pas crucial vers une première amélioration de la qualité des conditions de vie au travail. Néanmoins, c’est seulement à partir du 23 juillet 1894 qu’une loi officialisant la fête du Travail fut promulguée de la part du premier ministre John Thompson.

Pour se faire une idée, voici ce qu’un médecin de Nantes écrit à propos de la vie d’un ouvrier en 1825 : 

« Vivre, pour lui, c’est de ne pas mourir. Au-delà du morceau de pain qui doit nourrir lui et sa famille, au-delà de la bouteille de vin qui doit lui ôter un instant la conscience de ses douleurs, il ne prétend à rien, il n’espère rien (…). Le prolétaire rentre dans sa misérable chambre où le vent siffle à travers les fentes; et après avoir sué au travail après une journée de quatorze heures, il ne changeait pas de linge en rentrant parce qu’il n’en avait pas2. »

À peu près à l’époque de la promulgation de la loi canadienne sur la fête du Travail, l’Américain Frederick W. Taylor, « ingénieur consultant, spécialiste en organisation systématique des ateliers », proposait cinq étapes permettant de mettre en place une nouvelle organisation dans une production3 :

1. Trouver de dix à quinze ouvriers (si possible dans différentes entreprises et dans différentes régions) qui soient particulièrement habiles dans l’exécution du travail à analyser.
2. Définir la série exacte de mouvements élémentaires que chacun de ces ouvriers accomplit pour exécuter le travail analysé, ainsi que les outils et matériels dont ils se servent.
3. Déterminer avec un chronomètre le temps nécessaire pour faire chacun de ces mouvements élémentaires et choisir le mode le plus simple de leur exécution.
4. Éliminer tous les mouvements mal conçus, ceux qui sont lents ou sans utilité.
5. Après avoir ainsi supprimé tous les mouvements inutiles, réunir en une séquence les mouvements les plus rapides et les meilleurs permettant d’employer les meilleurs matériels et outils.

Dans cette méthode, nous voyons les ouvriers n’étaient motivés que par la rémunération, ce qui était dévalorisant et éprouvant. Pour approfondir le sujet de la « qualité de vie au travail », je suggère la lecture d’un article récent4 de Kim Moody, auteure de plusieurs ouvrages sur le mouvement ouvrier américain, dont le titre est « Labor Notes, ou les mémoires d’une base ouvrière ». Bonne fête du Travail!

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Notes

  1. Encyclopédie canadienne, « Origines de la fête du Travail », https://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/origines-de-la-fete-du-travail-les/ (page consultée le 16 aout 2018).
  2. A. Guépin, Nantes au XIXe siècle, 1825, cité in E. Dolléans, Histoire du mouvement ouvrier, t. 1, p. 16 et 17.
  3. Michel Beaud, Histoire du capitalisme, Éditions du Seuil, 1990, p. 196.
  4. Kim Moody, « Labor Notes, ou les mémoires d’une base ouvrière », Nouveaux Cahiers du socialisme. Syndicalisme : institution ou mouvement, Numéro 19, Hiver 2018, p. 84–97, https://www.erudit.org/fr/revues/ncs/2018-n19-ncs03441/87746ac/ (page consultée le 21 aout 2018).