La violence conjugale : la place de l’employeur

Noak Bouchard, responsable des communications et de la mobilisation

Marchons ensemble, vers un avenir féministe, équitable, sécuritaire.

Soyons positives, visionnaires, enthousiastes. 

 

De belles visées, de bonnes intentions. Comment faire pour que les femmes se sentent écoutées, protégées dans chacune des sphères de leur vie? 

Des pratiques doivent changer, des actions doivent être posées, des décisions doivent être prises.

 

Que pouvons-nous faire, au sein même de notre institution pour agir concrètement?

 

La modification de la loi modernisant le régime de santé et de sécurité du travail, le 6 octobre dernier, ouvre une porte de discussion avec l’employeur. En effet, celui-ci est maintenant tenu de prendre des mesures lorsqu’il sait ou devrait raisonnablement savoir que la travailleuse ou le travailleur est exposé à de la violence conjugale. 

 

Pourquoi cibler le milieu du travail quand la violence conjugale peut être vue comme une problématique personnelle? Parce qu’on sait que les frontières de la vie ne sont pas étanches. Le contrôle exercé par le conjoint violent peut s’étendre dans la sphère professionnelle, que ce soit par des appels répétitifs à la conjointe, aux collègues ou aux personnes supérieures en hiérarchie, des visites sur les lieux de travail ou dans le stationnement. Dans le cas du télétravail, la maison est considérée comme un lieu de travail. La sécurité de la travailleuse devient donc la responsabilité de l’employeur même si elle est chez elle.

 

Deux voies d’action générales doivent être ouvertes en même temps pour agir efficacement : celle de la prévention et celle de la protection des victimes.

 

Pour agir en prévention : 

  • Mobilisation de l’employeur

  • Établir un climat de confiance sur les lieux de travail

  • Faire des séances d’informations sur la violence conjugale et les services disponibles dans la région

  • Créer une politique semblable à celle visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel

  • Faire circuler ladite politique

  • Avoir une personne dédiée au soutien psychologique des travailleuses et travailleurs sur les lieux de travail.

 

Des services sont offerts pour aider les milieux de travail à devenir alliés contre la violence conjugale : https://milieuxdetravailallies.com/

 

Avant de passer aux moyens de protection possible, il est important de mentionner que les signalements et les demandes d’aide doivent être volontaires et qu’il faut tenir compte de l’aspect cyclique de la violence conjugale, marquée par des allers et retours. 

 

Pour agir en protection :

  • Demander à la personne ce qui la ferait sentir en sécurité

  • Plan de sécurité individuel (les services existants en violence conjugale peuvent en soutenir la création)

  • Permettre de recevoir des services d’aide sur les heures de travail

  • Identifier des périodes de vigilance

  • Considérer les moments de déplacements et de transitions comme des moments plus à risque.

  • Présence d’un service de sécurité

  • Présence de caméras

  • Bouton panique

  • Contrôler les entrées et les sorties (photo du conjoint à l’accueil)

  • Ne pas afficher les horaires ou les changer

  • Changer de bureau, de numéro de poste téléphonique et/ou d’adresse courriel.

 

Rappelons-nous que le milieu de travail est souvent le dernier lien qui demeure à l’extérieur de la relation violente. Nous avons donc la responsabilité de le préserver.

 

Le contexte de travail pour les enseignantes et enseignants au collégial est particulier. Rappelons d’abord que s’identifier comme victime ou auteur de violence conjugale n’est simple pour personne, encore moins quand on occupe une fonction avec un statut social comme celui qui nous est attribué. La honte peut être un frein important à la demande d’aide. Il n’est pas rare de voir des couples au sein même du même établissement, ce qui peut augmenter le défi de dévoilement et augmenter les occasions de situations de contrôle. La violence conjugale a des impacts sur la disponibilité et la productivité de la personne et celle-ci peut se retrouver en mesures disciplinaires. C’est pourquoi il est important de garder un œil ouvert et une oreille disponible. Souvent, les situations de vie sont plus complexes que ce qu’elles n’y paraissent.

 

Souhaitons que le chemin parcouru pour la création de la politique visant à prévenir et à combattre les violences à caractère sexuel serve de pierre d’assise pour le développement de mesures au sein même de notre établissement, tant pour le personnel que pour les étudiantes et les étudiants.

 

Un avenir féministe est un avenir dans lequel la sécurité des femmes est considérée et où des actions concrètes sont prises pour les protéger.

 

Ressources en complément : 

La violence conjugale ne s'arrête pas au seuil de la maison : 

https://www.facebook.com/watch/?v=2721248591512871&ref=sharing

 

CNESST : 

https://www.youtube.com/watch?v=KmBWvx2mZz4&t=41s