Journée internationale des femmes et des filles de science
Vous avez peut-être vu quelques affiches de femmes inspirantes en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM) dans des corridors, à la Coudée ou encore près des abreuvoirs du cégep…
Le 11 février dernier, à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, près de 30 personnes se sont réunies à la Coudée du Cégep de Rimouski pour un 5 à 7 aussi convivial qu’inspirant. L’activité s’inscrivait également dans la Semaine rimouskoise de l’environnement.
La soirée se voulait inclusive et consciente de la diversité des réalités. Bien que le vocabulaire employé fasse majoritairement référence aux « femmes », il est important de souligner que la lutte contre les préjugés et la discrimination en STIM concerne l’ensemble de la diversité de genre, ainsi que les personnes racisées, autochtones et marginalisées.
Le cœur de l’activité prenait la forme d’un vernissage d’affiches issues de l’initiative Diversité en STIM d’Ingenium. Ce projet pancanadien met en lumière des femmes et des personnes issues de la diversité de genre œuvrant en STIM afin de susciter et de maintenir l’intérêt des jeunes envers ces domaines. À ce jour, 149 affiches ont été réalisées et sont accessibles en ligne. Le vernissage a permis de découvrir une diversité de parcours, de réalités et de luttes.
Les affiches ont ensuite été distribuées afin d’être parsemées un peu partout dans la communauté, sur des portes de bureaux, dans les salles de classe, les corridors et divers espaces collectifs. L’objectif : multiplier les visages, les histoires et les possibilités, pour que chacune et chacun puisse s’y reconnaître et s’en inspirer. Montrer aux futures générations que c’est possible d’être une femme en science, que la science ce n’est pas seulement un homme dans un sarrau qui ressemble à Albert Enshtein puisqu’un obstacle majeur à la présence des femmes dans certains domaines des STIM est le manque de modèle.
Une petite boîte était également mise à disposition pour recueillir des suggestions de femmes inspirantes. Ces propositions ont été transmises à Ingenium : peut-être verrons-nous bientôt certaines d’entre elles prendre la forme de nouvelles affiches !
J’en profite aussi pour rappeler quelques faits qui m’ont personnellement frappée et motivée à organiser cette activité. Depuis 1901, seulement 67 femmes ont reçu un prix Nobel, contre près de 900 hommes. Parmi elles, à peine une vingtaine proviennent des domaines des STIM. On pourrait croire que cette sous-représentation appartient au passé, mais ce n’est malheureusement pas le cas : en 2024, les sept prix Nobel attribués en physique, chimie, physiologie et médecine ont tous été décernés à des hommes. Ces constats illustrent le plafond de verre qui persiste et qui freine l’accès des femmes aux plus hautes reconnaissances.
Marie Curie est la première femme à avoir reçu un prix Nobel, mais aussi la première et seule femme à avoir reçu deux prix Nobel. Toutefois, sa reconnaissance n’avait pas été immédiate : son nom n’était pas inclus initialement parmi les lauréats, et c’est grâce à l’insistance de son mari, Pierre Curie, qu’elle a finalement été reconnue. Je ne peux donc pas m’empêcher de penser à toutes celles qui ont probablement travaillé dans l’ombre de leurs collègues masculins et dont les réalisations resteront inconnues.
Lors du dernier Réseau d’action féministe, une femme de l’AREQ-CSQ m’a rappelé que de nombreuses femmes ont aujourd’hui un régime de retraite inférieur à celui de leur conjoint ou de leurs collègues masculins, simplement parce qu’elles ont pris des congés ou des arrêts de travail liés à des réalités de santé propres aux femmes. Menstruations, grossesse, endométriose, parentalité, périménopause ou ménopause : autant de défis invisibilisés que certaines continuent de surmonter ou choisissent de ralentir pour suivre un rythme qui leur est propre, malgré les conséquences dans une société centrée sur la productivité, qui valorise la performance coûte que coûte.
Au-delà de la Journée internationale des femmes et des filles de science, la soirée a été l’occasion de rappeler que la lutte pour l’équité en STIM s’inscrit dans un mouvement féministe plus large. Dans un contexte où les postes de pouvoir sont encore majoritairement occupés par des hommes cisgenres, où certains droits fondamentaux des femmes, comme le droit à l’avortement, sont à nouveau fragilisés, et où les féminicides demeurent beaucoup trop nombreux, je crois qu’il est important de se rassembler pour célébrer notre présence, nos réalisations, notre solidarité et notre résistance.
Je souhaite transformer ce moment en rendez-vous annuel, chaque 11 février. Parce que célébrer les femmes et les filles de science, c’est nourrir l’inspiration, renforcer les solidarités et affirmer collectivement que leur place est partout.
Merci à toutes les personnes présentes d’avoir contribué à faire de cette soirée un moment aussi porteur que rassembleur. On se donne rendez-vous l’an prochain !
Pour consulter l’ensemble des affiches et proposer une personne inspirante :
https://femmesenstim.ingeniumcanada.org/affiches/
Pour en savoir plus sur la Journée internationale des femmes et des filles de science :
https://www.un.org/fr/observances/women-and-girls-in-science-day
Ralentissement et exigence écoféministe : une réflexion sur le temps et l’environnement
Dans le cadre de la Semaine rimouskoise de l’environnement, une deuxième activité féministe a rassemblé un public très nombreux. L’événement a été généreusement financé par le département de philosophie et le SEECR et a attiré autant des étudiantes et étudiants que des personnes extérieures à la communauté collégiale.
Nous avons eu le plaisir d’accueillir Mélanie Guillemette, doctorante en philosophie politique à l’Université Laval, qui a présenté et discuté de son mémoire portant sur le ralentissement comme exigence écoféministe.
Son intervention s’est appuyée sur une réflexion approfondie autour des causes de la dégradation de l’environnement et des inégalités de genre, en lien avec la logique extractiviste, l’impératif de performance du néolibéralisme et l’accélération constante des techniques et du travail. Elle a démontré comment les théories écoféministes pourraient inclure une exigence de ralentissement, permettant une réappropriation du temps libre et un rééquilibrage avec la nature.
De la même manière que les écoféministes revendiquent le contrôle des femmes sur leur corps et de la nature sur ses ressources, Mélanie propose de considérer le temps libre comme une ressource subissant les effets de l’accélération sociale. Comprendre l’oppression écoféministe dans cette perspective permet d’imaginer de nouvelles manières de penser notre rapport au temps et de réfléchir à des alternatives collectives pour ralentir.
L’événement a été l’occasion de stimuler les échanges, de partager des réflexions critiques et de rapprocher philosophie, action sociale et enjeux environnementaux. Nous remercions toutes les personnes présentes pour leur participation et leur intérêt dans ce dialogue enrichissant.
Pour en savoir plus sur le mémoire de Mélanie Guillemette :
https://corpus.ulaval.ca/entities/publication/ab50094d-b753-4a29-b6fc-489fd1be9447

